< SOIRÉE CRUSTACÉ "NOUVELLE DATE"
30.12.2011 14:37 Il y a : 140 days
Catégorie : DU TAC AU TAC
Auteur : Bernard

'' CARTE DE NOËL''


Cette nuit, la neige qui passait par là, a décidé de poser chez nous son immense manteau blanc.

       Au réveil on se serait cru dans un livre de contes de Noël. J'ai pensé alors à ces petites cartes que l'on s'envoyait naguère afin de se souhaiter plein de jolies choses pour Noël et le nouvel an.

 

       Les arbres saupoudrés de neige y étaient figurés avec réalisme par de petites paillettes de mica argenté collées à même la carte. Un père Noël hilare vêtu de rouge glissait sur son traineau chargé de cadeaux vers une maison à la cheminée fumante.

       Nous n'étions pas gavés d'images alors, aussi ces cartes nous faisaient -elles rêver.

       C'était un autre temps ! … et ce peu suffisait à notre bonheur. Nous les regardions longuement en rêvant de neige, il est vrai plutôt rare chez nous, mais aussi au Mécano ou au livre que nous découvririons bientôt au pied de l'âtre.

       Univers onirique quelque peu naïf certes, mais ô combien charmant.

 

       J'ai regardé par la fenêtre.

La neige avait perdu sa longue écharpe blanche sur le chemin bordant le ruisseau. Le sol, vierge de toute trace. J'ai eu l'irrépressible envie d'être le premier à y poser la mienne, ou plutôt celle de mes pneus.

      Promptement équipé, j'ai empoigné « Scott » par les cornes et l'ai poussé dans la cour. Alain, préalablement averti m'attendait plus loin.

      Dehors, régnait une atmosphère étrange.

      Un froid vif tenait dans sa poigne de fer le bois et les jardins alentour. Les sons semblaient étouffés. Le temps s'être arrêté, figé dans un linceul de coton blanc.

L'air piquant était d'une pureté cristalline. Le respirer, un réel plaisir.

      Une épaisse couche blanche recouvrait les cailloux du chemin. Elle effaçait ses contours lui donnant une largeur inhabituelle.

      Hop ! J'ai sauté en selle.

      Passé le ruisselet gelé, brillant tel un miroir, j'ai retrouvé l'ami Alain, le visage rougi par le froid. Sa sempiternelle goutte au bout du nez !

      Nous sommes entrés dans le bois où régnait un profond silence ouaté.

      C'était un enchantement !

      Poudrés à frimas, arbres et buissons s'étaient parés de merveilleuses dentelles givrées. Alourdis par la neige ils semblaient nous saluer en inclinant leurs ramures.

      Sous nos pneus crantés le chemin immaculé craquait mollement comme si nous roulions sur des biscottes.

      Lentement nous avancions dans une cathédrale de cristal. Une féerie de givre et de cristaux scintillants ornait jusqu'aux frondaisons branches et rameaux. 

     Virginale beauté, fragile et éphémère.

 

      Ont alors surgi dans ma tête des bribes d'un poème appris enfant.

            De glaçons il est vêtu

            Pendeloques

            Et breloques

            De glaçons il est vêtu ------

 

 

Ravi j'ai répété ces vers remontés du passé, sans toutefois en retrouver la suite.

 J'avais surtout aimé et retenu la jolie musique des mots pendeloque et breloque.

 

    Quand nos roues traversaient une flaque glacée, celle-ci cassait dans un délicieux bruit de vitre brisée. Parfois, un cri d'oiseau, privé d'écho rayait l'épais silence blanc.

 

    Plus loin, dans la clairière, le ciel gris nacré s'est soudain déchiré ouvrant de larges fenêtres bleutées.

    Le soleil en majesté apparaissait lentement, baignant la forêt d'une douce lumière miellée.

 

    Nous roulions en silence. Émerveillés et conscients de la qualité de l'instant. Moment fragile car bientôt le bois ensoleillé pleurerait des larmes tièdes sur sa beauté perdue. Petits trous noirs sur tapis blanc.

 

   -C'est très chouette ! A dit Alain, lapidaire.

    Quand Alain lève le nez de son compteur et formule ainsi ses émotions, le spectacle est sans nul doute vraiment chouette.

    Pour ma part, ce « très chouette » me semblait un doux euphémisme. Rêveur impénitent, toujours la tête dans les étoiles, je pensais plutôt: MAGIQUE.

 

 

       «Pendeloques

        Et breloques

        De glaçons il est vêtu »

        Et... et … « Porte un chapeau pointu »

 

   J'avais enfin retrouvé la suite du « Cantilène du vieux Noël » de mes huit ans. Et les autres vers, je le sentais, n'allaient pas tarder à émerger.

 

Ce matin, je pédalais comme dans un rêve. Un rêve éveillé qui ressemblait aux jolies cartes de mon enfance.

 

Noyeux Joël et bonnes fêtes à tous


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